Beatles

Pays Royaume-Uni
Genre Rock 'n' rollbeatpopfolk rockrock psychédéliquemusique expérimentale
Années actives 1960–19701994-1996 (projet Anthology)2023 (Now and Then)
Site officiel

The Beatles, prononcé en français [bi.tœlz] , est un groupe de rock britannique originaire de Liverpool, en Angleterre. Il est considéré comme le groupe le plus populaire et influent de la musique populaire occidentale.

Le noyau du groupe se forme avec les Quarrymen fondés par John Lennon en 1957. Il adopte son nouveau nom en 1960 et, à partir de 1962, prend sa configuration définitive, composé de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et, le dernier à se joindre, Ringo Starr. En dix ans d’existence et seulement sept ans d’enregistrement (de 1962 à 1969), les Beatles ont enregistré douze albums originaux et composé près de 200 chansons majoritairement écrites par le tandem Lennon/McCartney, dont le succès dans l’histoire de l’industrie discographique reste inégalé.

Après avoir débuté sous le signe du skiffle des années 1950, les Beatles ont rapidement fait évoluer leur style, se nourrissant de nombreuses sources pour inventer leur propre langage musical. Leurs expérimentations techniques et musicales, leur popularité mondiale et leur conscience politique grandissante au fil de leur carrière ont étendu l’influence des Beatles au-delà de la musique, jusqu’aux révolutions sociales et culturelles de leur époque.

Au tout début des années 1960, Lennon, McCartney et Harrison deviennent populaires dans les clubs de Liverpool et de Hambourg en reprenant des standards du rock 'n' roll, mais Lennon et McCartney se sont également associés dès leur rencontre en 1957 pour écrire des chansons originales par dizaines, affinant progressivement leur technique. Fin 1961, Brian Epstein devient leur manager, et les présente à des maisons de disques, sans succès dans un premier temps. L’année suivante, ils recrutent le batteur Richard Starkey, dit Ringo Starr, après avoir signé un contrat avec le label Parlophone dont le directeur artistique est George Martin, qui produit leur premier succès, Love Me Do, et occupera une place prépondérante à leurs côtés jusqu’à la fin du groupe.

Ce titre lance leur carrière au Royaume-Uni à la fin 1962.

Après l’essor de la Beatlemania au Royaume-Uni et ensuite en Europe, les Beatles connaissent le succès en Amérique du Nord à partir de 1964, puis rapidement dans le monde entier. À partir de l’album Rubber Soul, en 1965, le groupe expérimente davantage et produit des albums aujourd’hui classiques, d’abord avec Revolver (1966) puis, après avoir définitivement arrêté tournées et concerts pour entrer dans leur période appelée « les années studio », Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967), The Beatles (l’« Album blanc ») (1968) et Abbey Road (1969). Après leur séparation en 1970, les quatre membres poursuivent une carrière solo, et tous rencontrent le succès, particulièrement dans les années immédiates suivant la fin du groupe.

Les Beatles demeurent les artistes ayant vendu le plus grand nombre de disques au monde. Ce nombre est estimé à plus de 600 millions de CD et vinyles vendus à travers la planète. Paul McCartney et Ringo Starr sont les deux Beatles encore en vie, après l’assassinat de John Lennon en et la mort de George Harrison en .

Tenant une place de premier plan dans la « bande-son » des années 1960, les chansons des Beatles sont toujours jouées et reprises dans le monde entier, et leurs mélodies ont été adaptées à de nombreux genres musicaux, dont le jazz, la salsa, le reggae ou la musique classique.

Biographie

Formation et débuts sur scène (1957–1962)

Des Quarrymen aux Beatles

Le père de John Lennon, Alfred (dit « Alf »), marin de Liverpool, délaisse sa mère Julia Stanley ainsi que leur enfant. Celle-ci, qui n’a pas les moyens d’élever John seule, le confie à sa sœur « Mimi » — Mary Elizabeth Smith, née Stanley — et son mari George. Le , ce dernier subit une grave hémorragie et meurt le lendemain à l’âge de 52 ans. C’est le premier d’une série de décès d’un proche qui affectera profondément le jeune John dans les prochaines années.

John joue de l’harmonica à partir de 1947 et, adolescent, dès qu’il découvre Elvis et le rock 'n' roll, il veut devenir musicien. Après un éloignement de quelques années, John reprend contact avec sa mère et apprend de celle-ci les rudiments du banjo, grâce auxquels il transpose les accords sur une guitare empruntée d’un copain. Il se voit offrir par sa mère sa première guitare en 1957. Aussitôt, en mars, alors âgé de seize ans, il forme un groupe de skiffle, initialement nommé The Blackjacks, avec quelques amis de son lycée, le Quarry Bank High School (en). Après avoir découvert qu’un autre groupe local se nommait déjà ainsi, le groupe devient the Quarrymen.

Le père de Paul et Michael McCartney, Jim, est veuf et gagne sa vie comme vendeur de coton. Dans sa jeunesse, il a été le chef d'orchestre d’un ensemble jazz amateur. Il encourage ses deux garçons à jouer du piano et achète à l’aîné une trompette. Rapidement, Paul l'échange contre une guitare, apprend les chansons populaires du jour à l’oreille, et commence déjà à en écrire. I Lost My Little Girl (en) est sa première chanson. Le , the Quarrymen donnent un concert pour la fête paroissiale de l’église St. Peter de Woolton. À la fin du concert, Ivan Vaughan, un ami commun, présente Paul McCartney à Lennon. McCartney prend alors une guitare et joue Twenty Flight Rock d’Eddie Cochran devant Lennon, un peu éméché, et néanmoins très impressionné. Quelques jours plus tard, Pete Shotton, autre membre des Quarrymen, propose à Paul de se joindre au groupe. Celui-ci, qui n’a alors que quinze ans, accepte dans le rôle de guitariste soliste.

Le , lors de sa première prestation avec les Quarrymen au Clubmoore Conservative Men’s Club, Paul doit jouer le solo de la chanson Guitar Boogie (en) d’Arthur Smith and His Cracker-Jacks. C'est un solo qu’il joue avec aisance en répétition, mais le trac l'empêche de le réussir sur scène. Alors, dans les premières semaines de , McCartney invite son ami George Harrison à assister à un concert des Quarrymen. Ce fils d’un chauffeur d’autobus et benjamin d’une fratrie de quatre enfants joue de la guitare et est déjà doté d’une solide expérience, ayant formé son propre groupe, the Rebels, avec son frère Peter et deux amis. Lennon lui fait passer une audition pour rejoindre le groupe et est impressionné par ses talents lorsqu’il joue le tout récent hit de Bill Justis, Raunchy (en). En revanche, Lennon estime que Harrison est trop jeune : il n’a alors que quatorze ans. Sur l’insistance de McCartney, au mois de mars, George Harrison intègre toutefois le groupe comme guitariste soliste. En , les amis de lycée de Lennon ont tous quitté le groupe pour se consacrer à leurs études au Liverpool College of Art (en).

À trois — guitaristes et chanteurs — au sein d’une formation à géométrie variable, avec ou sans batteur, qui s’appelle tour à tour « Japage 3 », « The Rainbows » et « Johnny and the Moondogs », ils se produisent dans des clubs de Liverpool. Ils jouent notamment au Jacaranda (en), un coffee club dirigé par Allan Williams (en), qui sert d’agent au groupe débutant. Ils se produisent également au Casbah (en), dirigé par Mona Best, la mère de leur futur batteur Pete Best. D’autres portes s’ouvrent ensuite, dont celles du Cavern Jazz Club, alors que le rock 'n' roll et le Merseybeat, styles d’au moins 250 groupes de Liverpool, rencontrent le succès dans cette ville.

Autodidactes, influencés par le rock 'n' roll et le blues noir américain, ils jouent les morceaux de rock du moment à l’oreille, sans partitions. John Lennon et Paul McCartney s’associent déjà pour écrire ensemble des chansons, assis face à face avec leur guitare dans une parfaite symétrie (McCartney étant gaucher), affinant peu à peu leur technique. Quelques-unes d’entre elles, comme One After 909, ressortiront sur les albums des Beatles des années plus tard. Ils partagent également un drame qui les rapproche : Paul McCartney a perdu sa mère Mary, décédée des suites d’un cancer du sein le , tandis que le , Julia, la mère de John, est happée mortellement par une voiture conduite par un jeune policier qui n’était pas en service. Celui-ci ne possède qu’un permis d’apprenti conducteur et doit donc être accompagné lorsqu’il est au volant. Le rapport de police n’en fait pas mention, mais on insinue qu’il est possiblement ivre au moment de l’accident, bien que celui-ci réfutera fortement cette accusation.

John Lennon fait la connaissance de l’artiste Stuart Sutcliffe, étudiant comme lui au Liverpool College of Art. Lennon devient son grand ami et rapidement son colocataire. En , alors que Sutcliffe vient de vendre un de ses tableaux, Lennon l’encourage à s’acheter une guitare basse et à rejoindre le groupe. Sutcliffe suggère d’adopter le nom de « Beatals », en hommage au groupe accompagnant le rocker Buddy Holly, The Crickets (« les grillons »). Ils utilisent ce nom jusqu’en mai, avant d’adopter celui de « Silver Beatles ». Du 20 au , accompagnant le chanteur pop de Liverpool Johnny Gentle (en) pour une tournée en Écosse, les membres du groupe se donnent pour l’occasion des noms de scène : Johnny Lennon, Paul Ramon, Carl Harrison et Stuart de Staël, ces derniers en l’honneur, respectivement, de Carl Perkins et du peintre Nicolas de Staël. Tommy Moore (en) est recruté à la batterie. Au retour, Moore, qui a détesté son expérience, est remplacé par Norman Chapman (en). En , ils adoptent définitivement le nom « Beatles », mot-valise formé à partir de beat (« rythme ») et beetle (« scarabées »), avant d’honorer leur premier contrat dans un club de Hambourg. Deux semaines avant leur départ, Chapman, né en 1937, est appelé au service militaire et doit quitter le groupe. Paul McCartney prend momentanément le rôle de batteur mais n’apprécie pas être relégué à l’arrière plan de la scène. Le , cinq jours avant de partir pour l’Allemagne de l’Ouest, ils auditionnent et engagent Pete Best comme batteur.

Séjours à Hambourg

Les Beatles effectueront cinq séjours dans les clubs du côté de la Reeperbahn de Hambourg : du mois d’août à , de mars à , d’avril à , puis deux derniers passages, avec Ringo Starr cette fois, en novembre et en , de deux semaines chacuns.

Bruno Koschmider, propriétaire de l’Indra Club et du Kaiserkeller (en), deux clubs du quartier de Sankt Pauli à Hambourg, engage les Beatles sur les indications de leur agent Allan Williams. Celui-ci conduit le groupe jusqu’à la cité hanséatique avec sa camionnette pour honorer un contrat de trois mois et demi. Pour satisfaire le public des clubs hambourgeois, les Beatles élargissent leur répertoire, souvent des titres obscurs afin de se démarquer des autres groupes. Les jeunes gens sont logés dans des conditions difficiles, voire quasiment insalubres, dans le Bambi Kino, une salle de cinéma à deux pas de l’Indra Club.

D’autres groupes de Liverpool se produisent à Hambourg, notamment Rory Storm and The Hurricanes, dont le batteur se nomme Ringo Starr. Les Beatles envient sa notoriété et apprécient sa compagnie. Les deux groupes partagent l’affiche de très nombreuses fois à Liverpool et se retrouvent au Kaiserkeller pendant plus d’un mois en octobre et .

À cette époque, le groupe se lie d'amitié avec Klaus Voormann, Jürgen Vollmer (en) et surtout, la photographe Astrid Kirchherr qui devient rapidement l’amoureuse de Stuart Sutcliffe et prend les premières photos du groupe. C’est sous leur influence qu’ils adoptent une coupe de cheveux caractéristique, la moptop, qui se différencie de la banane ou des cheveux des rockers, gominés et peignés en arrière. Astrid Kirchherr (sous l’influence des existentialistes ou des étudiants en Beaux-Arts de cette ville) a coiffé ainsi Sutcliffe, lorsqu’elle visite son amoureux à Liverpool après le premier séjour du groupe à Hambourg. John Lennon et Paul McCartney l’ont ensuite adoptée, lors d’un court séjour à Paris en , effectuée par Jürgen Vollmer devenu l’assistant du photographe William Klein. Harrison suit le pas mais Best, bien qu’il tente le coup, préfère finalement garder sa coiffure gominée.

En octobre 1960, lorsque Koschmider apprend que les Beatles se sont produits dans un club rival, le Top Ten Club (en), il met fin à leur contrat et dénonce Harrison aux autorités allemandes ; en effet, celui-ci a menti sur son âge et se fait expulser en Angleterre à la fin novembre. En tentant de récupérer leurs effets dans leur ancienne chambre peu éclairée dans le cinéma Bambi, McCartney et Best enflamment un préservatif accroché à un mur pour s'amuser. Furieux, Koschmider les accuse d’avoir tenté d’incendier le local. Ils passent une partie de la nuit en prison et, le lendemain, sont expulsés à leur tour. En compagnie de Sutcliffe, Lennon reste en Allemagne une semaine de plus avant de retourner en Angleterre où il se terre pendant encore une semaine avant de reprendre contact avec ses acolytes.

L’intérêt pour le groupe dans sa ville natale naît à leur retour de leur premier séjour à Hambourg où ils ont acquis une solide expérience sur scène et étendu leur répertoire. Le , lors d’un concert au Litherland Town Hall de Liverpool, une salle municipale qui servait deux jours par semaine de dancing aux jeunes, au moment où les Beatles — avec, pour l’occasion, Chas Newby (en) à la basse — se mettent à jouer, la piste de danse se vide et l’assistance, abasourdie, se presse vers la scène pour les écouter et les regarder.

Lors de leur second séjour à Hambourg, ils deviennent le groupe en résidence du Top Ten Club accompagnant le chanteur et guitariste Tony Sheridan. Ils donnent des concerts physiquement éprouvants et, à l’exception de Pete Best, recourent aux amphétamines pour rester éveillés. C’est pendant ce séjour qu’ils décrochent leur premier contrat d’enregistrement, chez Polydor. Le 45 tours My Bonnie / The Saints crédité à « Tony Sheridan and The Beat Brothers » est publié en Allemagne de l’Ouest en et, à l'initiative de Brian Epstein, publié en Angleterre le cette fois au nom de « Tony Sheridan and the Beatles ». Cry for a Shadow est la première chanson originale du groupe à être publiée lorsqu’elle apparaît, en , sur le super 45 tours français de Sheridan intitulé Mister Twist. Les huit chansons tirées de ces séances seront compilées en sur le disque allemand The Beatles' First ! et du même coup éditées en singles un peu partout dans le monde.

Stuart Sutcliffe, bassiste du groupe depuis le début de l’année 1960, maîtrise mal son instrument : au début, il se produit dos au public afin que cela ne se remarque pas et « joue » même parfois sans que son instrument soit branché à un ampli. Lorsque ses camarades regagnent l’Angleterre, début , il décide de rester à Hambourg avec son amoureuse afin de reprendre son apprentissage d’artiste peintre. Entre ses différents voyages en Allemagne, le groupe continue à se produire à Liverpool et dans ses environs, se constituant un solide noyau de fans, mais reste inconnu au-delà du Merseyside. En , ils jouent devant seulement dix-huit personnes à Aldershot, dans la lointaine banlieue de Londres.

Paul McCartney, jusque-là guitariste au même titre que John Lennon et George Harrison, devient alors le bassiste du groupe, ses deux camarades n’étant pas enthousiastes pour tenir ce rôle. Leur ancien bassiste, Stuart Sutcliffe meurt tragiquement à vingt-et-un ans le d’une congestion cérébrale, trois jours avant que les Beatles commencent un nouvel engagement de sept semaines cette fois au Star-Club. Le groupe apprend la terrible nouvelle par Kirchherr, à l’aéroport de Hambourg.

« J’ai grandi à Hambourg, pas à Liverpool », dira plus tard John Lennon. Évoquant cette période des débuts, il racontera aussi :

« Quand les Beatles déprimaient et se disaient : « On n’ira jamais nulle part, on joue pour des cachets merdiques, on est dans des loges merdiques », je disais : « Où va-t-on, les potes ? », et eux : « Au sommet, Johnny ! », et moi : « C’est où ça ? », et eux : « Au plus top du plus pop ! » (to the toppermost of the poppermost), et moi « Exact ! » Et on se sentait mieux. »

Par ailleurs, nostalgique de cette époque « cuir », on entend aussi John Lennon expliquer dans le disque Anthology 1 :

« Ce que nous avons fait de meilleur n’a jamais été enregistré. Nous étions des performers, nous jouions du pur rock (straight rock) dans les salles de danse (dance halls), à Liverpool et à Hambourg, et ce que nous produisions était fantastique. Il n’y avait personne pour nous égaler en Grande-Bretagne (There was nobody to touch us in Britain). »

En hommage au groupe, en 2008, Hambourg a inauguré une place à leur nom sur l’avenue Reeperbahn, à l’intersection de la rue Große Freiheit (en), dans le quartier de Sankt-Pauli.

Apport décisif de Brian Epstein

Le , moins d’une semaine après la sortie du 45 tours My Bonnie en Allemagne de l’Ouest, Raymond Jones, un jeune client du North End Music Store (NEMS), visite la boutique de musique de Brian Epstein et veut acheter ce single en importation. Deux jeunes filles font de même les jours suivants. Epstein contacte donc Polydor et en commande deux cents exemplaires. À leur retour d’Allemagne, après leurs deux premiers séjours formateurs à Hambourg, les Beatles ont acquis la maturité qui leur manquait, techniquement d’abord, sur scène ensuite. Brian Epstein est intrigué par ce groupe local dont il a le 45 tours en magasin et qui figure souvent dans le Mersey Beat (en), le journal musical local de Bill Harry, lequel se vend comme des petits pains dans sa boutique. Le , accompagné de son assistant Alistair Taylor (en), il va voir les Beatles au Cavern Club de Liverpool, le café souterrain où ils se produiront près de 300 fois jusqu’au . Possédant une formation en théâtre mais maintenant disquaire dans le commerce familial, Epstein n’a aucune expérience comme manager de formation musicale, mais connaît quelques-uns des à-côtés qui mènent à la popularité d’un artiste et rêve d’une carrière dans le monde du spectacle. Il propose au groupe de devenir leur manager et devient rapidement un mentor et un ami.

En , Epstein apprend que le groupe a quelques chansons originales en poche mais tarde à les jouer régulièrement sur scène. Il n’est pas clair si c’est leur manager qui les a encouragé à les jouer, mais c’est à partir de ce moment que les Beatles intègrent ces chansons dans leur répertoire. Le , le groupe organise The Beatles' Christmas Party au Cavern Club, invitant Gerry and the Pacemakers et King Size Taylor and the Dominoes (en) — deux groupes de Liverpool — à partager la scène. Pete Best est absent, malade à la maison, alors le groupe fait appel pour la première fois à leur ami Ringo Starr afin de le remplacer. Les trois musiciens sentent aussitôt que le batteur complète bien le groupe à sa façon de jouer et à son attitude hors scène. S’ils sont tentés de se départir de Pete Best à ce moment, la décision devra attendre car Starr quitte les Hurricanes pour aller jouer dans le groupe de Tony Sheridan à Hambourg jusqu’en février. À son retour, Starr reprend sa place dans le groupe de Storm mais remplacera Best encore à quelques reprises : deux fois en mars et une troisième fois, un midi au Cavern Club, le mois suivant.

Le , les Beatles signent le contrat les liant à Brian Epstein et celui-ci les propulse au rang de musiciens professionnels. Afin de gommer leur image de sauvages, Epstein leur suggère de s’incliner en fin de spectacle pour saluer leur public et, sur scène, fini les repas, la cigarette et le langage trop familier. Il leur fait abandonner les vêtements en cuir au profit de complets vestons de chez Beno Dorn (en), son tailleur réputé à Birkenhead. Grâce aux efforts de leur manager, les Beatles obtiennent une audition à la BBC le , au Playhouse Theatre de Londres, pour une émission radiophonique devant public Teenagers Turn - Here We Go. Ils interprètent Dream Baby (en) de Roy Orbison, Memphis, Tennessee de Chuck Berry et Please Mr Postman des Marvelettes, qui seront mises en ondes le lendemain, en plus de la chanson originale Hello Little Girl qui ne sera pas diffusée et dont l’enregistrement sera effacé. C’est durant cette prestation qu’ils portent pour la première fois leurs nouveaux costumes bleu foncé en mohair. Ils les porteront pour la première fois à Liverpool le au club Odd Spot mais ils les dévoileront en grande pompe à leur public du Cavern Club la semaine suivante, le , à la présentation spéciale The Beatles for Their Fans.

Dès 1961, Brian Epstein commence à prospecter auprès des maisons de disques de Londres, afin de tenter de leur faire signer un contrat d’enregistrement, multipliant sans succès les tentatives auprès des grandes compagnies discographiques. Il essuie des refus, entre autres de la compagnie EMI, mais réussit tout de même à obtenir, pour son groupe, une audition chez Decca. Le , les Beatles, très nerveux, enregistrent quinze titres dans ce studio très froid et le résultat est bien en deçà des attentes. Le directeur artistique Dick Rowe refuse de les prendre en main, préférant faire signer le groupe local Brian Poole and the Tremeloes, en déclarant : « Rentrez chez vous à Liverpool, M. Epstein, les groupes à guitares vont bientôt disparaître ». Rowe sera par la suite surnommé, dans le milieu, « the man who turned down The Beatles » (« l’homme qui rejeta les Beatles »). En revanche, Epstein obtient la permission de garder ces enregistrements de bonne qualité sonore, pour pouvoir les faire écouter à d’autres producteurs potentiels. Il se rend au magasin de disques HMV sur Oxford Street pour demander conseil à une connaissance qui y travaille et celui-ci lui suggère de faire presser des disques 78 tours de ces chansons pour pouvoir facilement les faire écouter à des producteurs potentiels. Le technicien Jim Foy, qui s’occupe sur place de ce département, est impressionné par ce qu’il y entend et contacte Sid Colman, de l’agence de publication de musique Ardmore and Beechwood associée à EMI, qui se situe dans le même immeuble, pour lui faire rencontrer Epstein.

Brian Epstein présente donc ces enregistrements à Colman, en veillant à lui mentionner qu’ils contiennent quelques compositions originales. L’éditeur reconnait le potentiel d’une publication des compositions signées Lennon/McCartney et Epstein promet de lui donner les droits s’il l’aide à décrocher un contrat d’enregistrement. Un rendez-vous est pris avec George Martin le , pour lui faire écouter Hello Little Girl et Till There Was You et ce malgré le refus préalable de la maison-mère. Mais Martin n’est pas particulièrement impressionné par ce qu’il entend. Kim Bennett — de son vrai nom Thomas Whippey, ancien chanteur de charme et assistant de Sid Colman —, persiste à dire à son patron que la chanson Like Dreamers Do pourrait être un succès. Ils décident de produire eux-mêmes l’enregistrement dans les studios d’EMI, mais se heurtent au refus de Len Wood, un des directeurs. Cependant, devant l’insistance de Colman, Wood se ravise et ordonne au producteur George Martin de procéder à l’enregistrement de la chanson, afin qu’Ardmore and Beechwood obtienne le copyright.

Enfin, le , exactement six mois après avoir vu les Beatles pour la première fois au Cavern Club, Epstein envoie un télégramme à Hambourg, durant leur troisième passage, annonçant au groupe qu’ils auront un contrat d’enregistrement avec EMI. En effet, Brian Epstein rencontre ce jour-là George Martin pour valider le contrat. Il y est stipulé que six chansons seront enregistrées par EMI, qui financera le tout. Le label sera le propriétaire des enregistrements, mais ne donnera aucune avance sur les redevances (fixées à un penny par 45 tours vendu, sur 85 % des ventes). Le contrat a une durée de quatre ans d’engagement pour le groupe, mais d’un an pour EMI, renouvelable à chaque anniversaire, et est valable pour le monde entier, avec des redevances réduites de moitié par rapport à celles perçues en Angleterre. Dans les faits, si par « miracle » le groupe vendait un million d’exemplaires d’un single, ses royalties seraient de 750 £ au Royaume Uni, et de 375 £ aux États-Unis pour chaque membre du groupe et leur manager. Le , Brian Epstein signe le contrat liant les « Beattles » à EMI (il fait une rature sur le second « t »). La date inscrite sur le contrat est le . Le , toujours à Hambourg, le groupe doit retourner en studio afin de se défaire du contrat qui les lie à Bert Kaempfert et enregistre Sweet Georgia Brown. En prévision de leur premier 45 tours pour EMI, Lennon et McCartney achèvent l’écriture de Love Me Do, Ask Me Why et créent P.S. I Love You.

De cette époque « avant la gloire », des enregistrements rares et marginaux des Beatles ont été très recherchés, notamment ceux qu’ils ont réalisés à Hambourg, publiés par Polydor avec Tony Sheridan, ainsi que les fameuses « bandes Decca » . My Bonnie et Ain't She Sweet ont même atteint les charts de part et d’autre de l’Atlantique pendant la Beatlemania. Ces deux titres et Cry for a Shadow ont été inclus, trois décennies plus tard, sur la compilation Anthology 1. Un enregistrement bootleg réalisé en 1962 sur la scène du Star-Club de Hambourg, avec Ringo Starr à la batterie, a été publié en 1977.

George Martin et Ringo Starr entrent en scène

Le , en début d’après-midi, quatre jours après être revenus de Hambourg où ils honoraient un engagement au Star-Club — leur troisième séjour dans la ville allemande — Lennon, McCartney, Harrison et Best arrivent aux studios EMI de Londres, situés au 3, Abbey Road dans le quartier de St. John's Wood pour leur test d’artistes. C’est leur première visite dans ces studios, qu’ils vont rendre mondialement célèbres. Ron Richards (en) est le producteur lors de la séance et Martin intervient de temps à autre. Ils enregistrent Bésame mucho, Love Me Do, PS I Love You et Ask Me Why, mais pas Like Dreamers Do qui n’y sera finalement jamais réenregistrée par eux. Lorsque le groupe est invité pour la première fois dans la régie pour écouter les bandes, George Harrison raconte : « Les autres membres du groupe ont failli me tuer lorsque George Martin… nous a demandé : « Y a-t-il quelque chose qui ne vous plaît pas ? » Je l’ai regardé et j’ai dit : « Pour commencer, je n’aime pas votre cravate ». » George Martin, qui avait lui aussi le sens de l’humour, est amusé par la réplique. « Ça a brisé la glace ! », note-t-on du côté du personnel technique des studios EMI.

Le jour même de cette première séance, George Martin et son assistant Ron Richards discutent encore du nom du groupe : « John Lennon and the Beatles » ou encore « Paul McCartney and the Beatles », bien que ce nom « entomologique » ne leur plaise pas. Comme le groupe est composé de trois chanteurs qui jouent leurs propres instruments, Martin réalise qu’avoir simplement le nom « The Beatles » est une nouveauté dans la musique populaire et que celui-ci fera parfaitement l’affaire. La chanson Love Me Do plaît à Richards, mais il n’aime pas le jeu de Pete Best qui peine à garder un tempo constant. Martin est d’accord et écrit à Epstein qu’à la prochaine séance, il y aura un batteur studio. Craignant de devoir toujours enregistrer avec des batteurs inconnus, les trois autres membres saisissent l’occasion et se séparent de Best en , pour le remplacer par Ringo Starr, qu’ils considèrent être « un métronome » et avec qui les affinités sont plus grandes.

Enfant unique, Richard Starkey — de son vrai nom — est, pour un temps, élevé seul par sa mère, Elsie, et connaît une enfance ponctuée d'importants troubles de santé qui lui causent un retard marqué dans son éducation. Il quitte l’école à 15 ans sans diplôme mais il est passionné par la musique, surtout par les instruments de percussion. L’année suivante, Harry Graves, le nouveau conjoint de sa mère lui offre une batterie. Le jeune Richy se bâtit rapidement une solide réputation comme batteur à Liverpool. Il adopte son nom de scène en 1959 alors qu’il est dans le groupe Rory Storm and the Hurricanes.

Le , Starr prend donc officiellement son poste à la batterie au Hulme Hall (en) dans le village de Port Sunlight. L’éviction abrupte de Best, assumée par un Brian Epstein très nerveux et déçu, n’est pas sans conséquence.

« On avait joué au Cavern Club et les gens hurlaient « Pete is best » (« Pete est le meilleur ! », jeu de mots avec « best » en anglais), « Ringo never, Pete forever! » (« Ringo jamais, Pete à jamais ! »). C’était devenu lassant, et je me suis mis à les engueuler. Après le concert, nous sommes sortis des loges, nous sommes entrés dans un tunnel tout noir, et quelqu’un m’a balancé un coup de poing au visage. Je me suis retrouvé avec un œil au beurre noir. Qu’est-ce qu’il ne fallait pas faire pour Ringo ! »

— George Harrison

La seconde séance d’enregistrement s’effectue le . Martin décide de ne pas inviter de batteur studio pour pouvoir entendre le nouveau venu. À sa toute première séance dans un studio professionnel, Starr est très nerveux et ne l’impressionne pas. Le groupe enregistre How Do You Do It?, une chanson que le groupe n’aime guère, imposée par le producteur — celui-ci sera convaincu de la laisser de côté — puis réenregistre Love Me Do. Une semaine plus tard, le 11, le groupe revient en studio mais c’est Andy White qui officiera à la batterie. Le groupe reprend une troisième fois Love Me Do, enregistre ce qui deviendra la face B de leur premier single, P.S. I Love You, et présente à Martin une nouvelle chanson, Please Please Me. C’est un Ringo Starr dépité qui joue du tambourin sur Love Me Do et des maracas sur PS I Love You ; il n’a jamais oublié cette « humiliation ». Malgré les réticences de Martin, c’est l’enregistrement avec Ringo Starr à la batterie qui est publié en face A du 45 tours réunissant ces deux titres, tandis que la version figurant sur l’album est celle enregistrée avec Andy White, qui joue également du « cross-stick » sur PS I Love You, après qu’il a été convenu qu’une batterie complète n’était pas nécessaire pour cette chanson. À l’écoute de Please Please Me, qui est effectuée avec un tempo lent dans le style de Roy Orbison, le producteur suggère de l’accélérer et sera reprise plus tard.

Amer de son éviction des Beatles, Best refuse l’aide d’Epstein pour se trouver un nouveau groupe et intègre le Lee Curtis and the All Stars. En 1965, il sort sur le marché gris son propre album au titre mensonger en forme de clin d’œil grinçant : Best of The Beatles, avec le Pete Best Combo ; sur la photo de la pochette, prise par Astrid Kirchherr au Hamburger Dom Funfair en , il est entouré de ses ex-camarades. Ce disque n’a pas le succès escompté et Best quitte le monde musical et devient boulanger pour ensuite travailler dans la fonction publique à Liverpool. Il devra attendre plus de trente ans avant de pourvoir profiter monétairement de son association avec les Beatles.

Le , sort Love Me Do / P.S. I Love You. Malgré un accueil critique plutôt tiède, la face A atteint le 17e rang au palmarès britannique, avec 17 000 copies vendues. Ce n’est pas encore la « Beatlemania », mais il s’agit là d’une grande satisfaction pour le groupe particulièrement au moment où le titre passe de plus en plus à la radio. Du premier au , le groupe retourne, à contrecœur, à Hambourg pour un quatrième séjour, la première fois avec son nouveau batteur.

Leur deuxième 45 tours, Please Please Me / Ask Me Why, est mis en boîte le , cette fois avec Starr derrière sa batterie. Fin décembre, le groupe doit quitter l’Angleterre pour un dernier séjour de deux semaines à Hambourg où un enregistrement bootleg est effectué et sera publié en 1977 sous le titre Live! at the Star-Club in Hamburg, Germany; 1962.

La Beatlemania (1963–1966)

Premier album et début de la Beatlemania (1963)

Leur second 45 tours est publié le et la face A, malgré un titre et des paroles osées pour l’époque (« You don't need me to show the way, love », que l’on peut traduire par « tu n’as pas besoin que je te montre comment faire, chérie »), est propulsé au premier ou au second rang, dépendamment des listes consultées. Quoi qu’il en soit, le succès est indéniable, et les Beatles obtiennent ainsi l’occasion d’enregistrer un album complet. Ce disque inclura les quatre chansons publiées en single et dix autres qui seront enregistrées lors d’une seule séance de 585 minutes (9 heures et 45 minutes), le . Reprenant le titre du dernier single, l’album Please Please Me sort le et atteint la première place du hit-parade, qu’il conserve durant 30 semaines (ou sept mois).

L’image soignée et professionnelle du groupe passe aussi par la création d’un logo rapidement reconnaissable. Un premier logo des Beatles, en lettres cursives avec des antennes d’insecte sur un « B » stylisé, dessiné par Terry « Tex » O'Hara, suivant les indications de Paul McCartney, est momentanément utilisé sur la grosse caisse de la batterie, puis pour la page d’introduction du Beatles Book, le journal mensuel du fan club officiel, tout au long de son existence (1963-1972). Ce logo, adapté en « les Beatles », se retrouve sur les pochettes françaises de plusieurs EP et de quatre albums (Les Beatles, N° 1, Quatre garçons dans le vent et la compilation Les Beatles dans leurs 14 plus grands succès).

En , Brian Epstein et Ringo Starr visitent la boutique Drum City de Londres pour remplacer la batterie Premier du batteur. Epstein, qui ne veut pas débourser les 238 £ de la Ludwig Downbeat perlée que Starr désire (l'équivalent de 6 500 £ en 2026), négocie avec Ivor Arbiter (en), le propriétaire de la boutique. Ce dernier accepte finalement d’offrir la batterie, à condition que le logo de Ludwig — dont il est le distributeur britannique exclusif — reste visible sur la grosse caisse. Epstein accepte, tout en demandant qu’un logo du groupe soit ajouté. Arbiter esquisse sur le champ le logo le plus connu, en lettres capitales avec un « B » majuscule et un « T » abaissé pour mettre en évidence le mot « Beat » (rythme). Le logo sera finalisé et peint sur la membrane par Eddie Stokes, un peintre en lettres local. Le , la nouvelle batterie est directement livrée aux Alpha Television Studios de Birmingham, où les Beatles se produisent dans l’émission Thank Your Lucky Stars. Entre 1963 et 1969, sept membranes avec ce logo sont produites pour la batterie de Ringo Starr, peintes à la main (dont les quatre premières par Stokes), chacune possédant des différences notables.

Partie de Liverpool — où ils continuent jusqu’au à enflammer le Cavern Club —, la popularité des Beatles se répand dans tout le Royaume-Uni, qu’ils sillonnent inlassablement, y effectuant quatre tournées cette année-là (avec Helen Shapiro, Chris Montez/Tommy Roe et Roy Orbison). Le disque From Me to You / Thank You Girl sort en avril et marque le début d’une stratégie de Martin et d’Epstein d’offrir un single tous les trois mois et un album tous les six mois, chacun étant composé de six reprises et de huit chansons originales, excluant celles déjà lancées en single, ce qui équivaut pour le groupe à fournir 36 enregistrements par année.

À cinquante-deux reprises, entre le et le , le groupe est invité dans les studios de la BBC afin d’y interpréter en direct — sur bande ou quelques fois sur les ondes —, des chansons de leur répertoire. Le , lors d’une séance de près de huit heures, le groupe interprète dix-huit titres qui seront diffusés durant l’été sur trois épisodes de Pop Go the Beatles. Huit de ces chansons ne seront pas placées sur des albums à l’époque. Au total, quatre-vingt-huit chansons différentes en près de 250 prestations y ont été jouées et certaines ont été placées, entre autres, sur les albums Live at the BBC et On Air - Live at the BBC Volume 2 qui comprennent une trentaine de titres inédits.

From Me to You, en mai , puis She Loves You, en septembre, sont classés no 1 des ventes de singles. She Loves You et son fameux « Yeah Yeah Yeah! » rend les Beatles célèbres dans toute l’Europe. Cette chanson délaisse l’harmonica et marque le début de l’utilisation à profusion de l’interjection « Yeah », comme sur It Won't Be Long qui ouvre leur deuxième album. C’est également sur ce single que l’attribution Lennon/McCartney prend sa forme définitive — utilisée sur le premier 45 tours britannique, elle avait été inversée en McCartney/Lennon sur les deux singles suivants et sur le premier album.

Leur passage, le , dans le très populaire show télévisé londonien Sunday Night at the Palladium marque le début du phénomène que la presse britannique baptise la « Beatlemania »; disquaires pris d’assaut, presse déchaînée, ferveur généralisée, jeunes filles surexcitées ou en transe… Le groupe se produit sans relâche de ville en ville au Royaume-Uni et, le , quitte Londres pour débuter sa première tournée hors frontières pour quelques prestations en Suède.

Le , les quatre musiciens de Liverpool se produisent devant la famille royale au Prince of Wales Theatre de Londres, pour le Royal Command Performance (en), où un John Lennon irrévérencieux, avant de se lancer dans l’interprétation de Twist and Shout, dit au public dans l’hilarité générale :

Le , devant 2 500 membres du Northern Area Fan Club, le groupe participe à l’émission Juke Box Jury (en) au Liverpool Empire Theatre, qui sera diffusée en début de soirée, et effectue ensuite une prestation qui est filmée et présentée, elle aussi, à la BBC le soir même dans une émission spéciale intitulée It’s the Beatles. En soirée, le groupe fait la première de deux représentations au cinéma Odéon dans le cadre de sa tournée du Royaume-Uni. À la fin de cette tournée, à l’initiative de leur manager Brian Epstein, les Beatles se produisent à Londres du au au cinéma Astoria de Finsbury Park, pour seize présentations d’un spectacle de variétés, le Beatles’ Christmas Show.

With the Beatles

En 1963, John Lennon et Paul McCartney écrivent tout le temps, en n’importe quel endroit — dans le bus qui les amène d’un lieu de concert à l’autre, dans leurs chambres d’hôtel, dans un coin des coulisses avant de monter sur scène —, dans l’urgence, avant d’enregistrer, quelquefois en une seule prise, autant de titres qui vont marquer leur histoire et celle de la musique rock.

En tête des ventes, Please Please Me n’est remplacé à la première place que par le deuxième album du groupe, With the Beatles, publié le . En , ces deux disques sont commercialisés aux États-Unis, en versions écourtées, respectivement sous les noms très similaires de Introducing… The Beatles, paru chez Vee-Jay Records, et Meet the Beatles, enfin publié par Capitol Records.

Dans un premier temps, la maison de disques américaine associée à EMI affiche un mépris pour ce qu’elle pense n’être qu’un phénomène passager et tarde à publier les disques du groupe. Cette situation frustrante force George Martin à se replier vers de petits labels indépendants, Vee-Jay et Swan, afin de distribuer les premiers disques du groupe. Le 45 tours I Want to Hold Your Hand est publié le au Royaume-Uni, avec This Boy en face B, et, en Amérique enfin par Capitol, le , cette fois couplée à I Saw Her Standing There. La face A atteint rapidement la première position des charts de part et d’autre de l'Atlantique amorçant la « British Invasion ». La « Beatlemania » qui avait débuté au Royaume-Uni et traversé la Manche se propage de l’autre côté de l’Atlantique et bientôt dans le monde entier.

Entre-temps, le fan club des Beatles travaille à fidéliser un réseau de fans auxquels on concède dans le Beatles Book des interviews, des photos inédites et des nouvelles du groupe. Un flexi disc de Noël hors commerce sortira aussi chaque année dans l'édition de décembre, de 1963 à 1969.

Passage à Paris (1964)

À l’avènement de leur gloire internationale, c’est à l’Olympia de Paris et durant trois semaines du au , à raison d’un, deux ou trois shows quotidiens, soit 41 apparitions en tout, que les Beatles ont joué le plus longtemps au même endroit (en excluant leurs prestations dans les clubs de Hambourg et au Cavern Club de Liverpool). Après un « tour de chauffe » au cinéma Cyrano à Versailles le , ils donnent leur premier spectacle à l’Olympia le lendemain. L’affiche est imposante et donne tout son sens au mot « Music-hall ». Daniel Janin et son orchestre, les Hoganas, Pierre Vassiliu, Larry Griswold, Roger Comte, Gilles Miller et Arnold Archer, acrobates, jongleurs, humoristes, chanteurs se succèdent sur la scène avant la deuxième partie du spectacle avec les trois têtes d’affiche au fronton du Boulevard des Capucines : Trini Lopez, Sylvie Vartan et les Beatles, passant à chaque fois en dernier.

Les passages des Beatles sont assez courts puisqu’ils ne jouent à chaque fois que dix titres (et parfois seulement huit) : From Me to You, Roll Over Beethoven, She Loves You, This Boy, Boys, I Want to Hold Your Hand, Twist and Shout, Long Tall Sally, I Saw Her Standing There, Till There Was You. La surprise pour eux, c’est que la salle est composée en majorité de garçons, et qu’ils n’entendent pas, pour une fois, les cris féminins stridents qui les accompagnent d’habitude. Au fur et à mesure, et malgré quelques incidents techniques au début, les Beatles conquièrent leur public. Durant leur s&eac